Peluches

Je me suis souvent demandée d’où venait cette attraction pour l’ours, alors qu’il est réputé pour être l’animal le plus dangereux du monde.

De nos jours, les ours en peluche occupent une place importante dans nos sociétés et nos imaginaires collectifs, non seulement en tant que jouet populaire auprès des enfants, mais aussi en tant que personnages de livres, de films et de dessins animés.

Ils accompagnent l’enfance.

Ces objets dits transitionnels, dont on pourrait penser qu’ils perdent leur pouvoir réconfortant, sont toujours présents dans la vie quotidienne de certains adultes qui avouent encore dormir avec leur ours en peluche.

Je me souviens de ce jour là, je ne sais pas le situer dans le temps, j’étais vraiment petite et me trouvais en promenade avec ma grand-mère que j’ai malheureusement très peu connue, mais je n’oublierai jamais son regard, un de ces regards qui naviguent entre l’autorité et l’infinie tendresse. Je me suis bloquée soudain devant une devanture d’ours, des trucs infâmes en fait, sans réelle forme, la fourrure pelée avec des anneaux dans le museau. Impossible de me faire avancer, ma grand-mère m’a demandé plusieurs fois, tu veux un ours? Je ne pouvais pas répondre, figée devant un seul, je le voulais tellement que je croyais déjà le tenir dans mes bras, mais je n’ai pas pu répondre et ma grand-mère a continué son chemin me laissant là.

Aujourd’hui, il y a des ours un peu partout dans la maison et je n’échappe pas à cette douceur de m’endormir sur mon ours.

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Sans vouloir ternir nos rêves de tendresse et pour avoir eu le privilège de les approcher dans leur univers naturel, je peux dire que la réalité est tout autre. La vie de l’ours polaire est difficile, cruelle aussi, et tout comme celui de mon premier amour, je n’oublierai jamais ceux de mes photos.

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Sous certains aspects, ils se ressemblent.

Mathilde

White Kindom, white King

Le mugissement des réacteurs s’amenuise et l’avion semble glisser au frôlé d’une mer hérissée de glaces aiguës. Ce paysage terrible et merveilleux nous fait comprendre à quelle solitude nous allons être confronté. 

Nous passons subitement d’un monde à l’autre, du confort de l’avion au vide du vent polaire. 

Le vent du Spitzberg est solitaire, vient de nulle part, il est inspiré et retourne au néant sans nous dire ce qui nous échappe encore. 

Ici commence le règne du minéral et termine celui de l’homme. 

Isolé, dépeuplé, hostile, il peut fasciner en soufflant la terreur ou la tendresse et parfois devenir une terre d’asile pour les rêves. 

Nous chaussons des sacs en plastique pour ne pas ensemencer notre qualité d’humain. Ici est le royaume du Saigneur des glaces, sans prédateur et guidé par son odorat il arpente la magie du lieu de son pas de maître.

L’ours polaire est protégé tout en devenant l’emblème de l’arctique.

Le voir un jour pour ne l’oublier jamais en vous laissant dans le cœur le même vide que son île. 

Nous le retrouverons plus tard.. nous passons la nuit à Longyearbyen.

Mathilde

Par où commencer ?

J’hésite, je doute, je tergiverse, en fait, je ne sais pas par où commencer.

Par le début serait judicieux, mais je ne sais pas faire, il m’est tellement difficile de dérouler l’histoire, s’amoncellent entre les plis du temps, l’intime de la mémoire, les images, les peurs, les rencontres humaines et animales, les chocs d’une beauté éphémère qui se jouent des brumes et des lumières. 

Tout s’amalgame dans mon esprit et les mots semblent bien pauvres. 

Parce que voyager est cette propension à traverser des monceaux d’émotions intenses. 

Voyager c’est emmagasiner en silence, c’est communiquer avec les yeux, les mains, le cœur. Voyager, c’est vivre sa vie en parallèle. 

Mais avant d’appréhender vraiment l’Archipel du Svalbard jusqu’au 81ème parallèle, je vais me reposer un peu avec lui. 

Mathilde

L’Adieu

Cette petite mignonnerie, symbolise pour moi la gentillesse et la douceur des habitants de ce pays. 


Le Groenland, c’est l’ultime frontière. Ici, on parle une langue inuite.

Ici, sur la plus grande île du monde, soit verte quelques mois d’été, soit entièrement couverte de neige et de glace, les villages sont comme des îlots séparés les uns des autres sur une mer de blanc.


Le Groenland est peuplé à 80% par des Inuits, c’est vraiment leur pays. Avec une résistance très forte. C’est un pays où la culture première a su se maintenir, s’imposer, s’intégrer harmonieusement à la modernité.

Maintenant, c’est la fin de l’aventure, l’adieu. 

Mathilde

La calotte glaciaire

L’imposante falaise de glace du glacier Russell est une attraction populaire à Kangerlussuaq, située à seulement 28 km. Il s’écoule de la calotte glaciaire du Groenland. 

Tout d’abord, il nous faut monter dans ce magnifique bus pour suivre une piste bien défoncée. Pas la peine d’attacher les ceintures, nous devons nous agripper. La piste s’arrête soudain, car interdite aux véhicules à moteur! C’est écrit en danois ! C’est pourtant bien simple à comprendre, je me suis laissée…  lire que d’aucuns continuaient tranquillement motorisés.

Nous l’avons parcouru à pieds, c’est une superbe randonnée avec en prime la course d’un petit Renne, j’ai pu le photographier, mais si loin, la photo s’en ressent !!

Nous commençons à entrevoir la glace pour nous retrouver finalement devant un spectacle inoubliable. Tout va dans tous les sens !

Paysage lunaire, ou chaos de glace explosée, formant des petites rivières qui se mêlent au sable, espaces herbeux où cette espèce de terre noire et granuleuse.

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L’eau s’accumule également devant le secteur nord du front du glacier, formant un lac.

Ce lac est particulier dans sa dynamique, car il est endigué par la glace qui peut éclater spontanément et provoquer des inondations catastrophiques.

Les scientifiques continuent d’étudier le glacier Russell et son lac marginal glaciaire pour mieux comprendre sa dynamique et son évolution future.

J’ai essayé de montrer cette merveille de la nature. Il me resterait tant à dire mais il semblerait qu’une photo a son propre langage, beaucoup plus proche que les mots de son auteur.

Il m’est difficile d’écrire ce que l’on peut ressentir en sachant l’hypothétique devenir de notre monde.

La beauté alors se teinte de tristesse.

Mathilde

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Kangerlussuaq, GL
22:24, 08/06/2026
temperature icon 7°C
légère pluie
Sunrise: 23:00
Sunset: 23:00

Deci delà vers Itilleq

Itilleq, c’est vrai! Pourquoi Itilleq?

Parce que c’est bleu, c’est vert, il y a la montagne et la toundra. Parce que nous venons de frôler les grands icebergs, nous enrouler dans les brumes, le gris, les nuages, parfois la mer est noire.


Ici, j’ai juste envie de monter cet escalier et de frapper à la porte tout doucement.

Une dame ouvrira avec son incroyable sourire! Avons-nous l’habitude nous autres de pouvoir entrer chez un sourire aussi précieux. Il y a des dentelles sur la table, sur la télévision, des enfants dans un coin se poussent du coude en riant parce que je ne suis pas vraiment comme eux et que nous parlons par geste.

Je vais rester là un moment à regarder une autre vie se dérouler devant moi. C’est comme l’ailleurs que je poursuis depuis toujours.

Ici, l’ambiance me semble différente, plutôt tournée vers une vie tranquille et douce, avec la perception qu’il n’en est certainement rien.

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Pourtant, j’observe un nuage distrait par le vent qui balance joyeusement le linge sur les cordes des maisons. Détail qui me touche infiniment.

Parce que, même si loin, même si les icebergs se baladent en remplaçants les voitures ou tous autres moyens de transport.

Quelle différence entre nos vies ? J’entends les cris des enfants, j’imagine l’atelier du peintre sur la plage et la fumée de l’incinérateur, ici, les ordures sont brûlées chaque semaine.

Dans quelques mois la banquise viendra bousculer toute cette harmonie.

Comme le verso d’une page que je ne peux écrire sans revenir.

Alors oui, pourquoi Itilleq? Parce que je suis bien ici et puis, essayer de prononcer Qasigiannguit !!!

Qasigiannguit est situé au-dessus du cercle polaire arctique, sur la rive sud-est de la baie de Disko. L’un des ports que nous venons de quitter.

Mathilde

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22:24, 08/06/2026
temperature icon 3°C
couvert
Sunrise: 23:00
Sunset: 23:00

Intermède, l’inattendu

Sur le noir et le blanc, sur le plus clair et le plus sombre, le noir semble lui-même source de luminosité, jusqu’à faire imaginer une couleur invisible qui serait pure lumière.

Comme les chats, qui ne distinguent pas les couleurs, moi qui savait retrouver tous les pourcentages de la gamme primaire du bleu ou du rouge, le jaune, je n’aime pas, il est inutile, mais le noir !! 

Non, ça n’est pas ça, j’ai simplement un œil qui a besoin d’une bonne coupe ! Et tous les mercredis de pluie n’y changeront rien.


Mathilde

Nuuk & ses environs

Nuuk, est située sur la côte ouest, à l’embouchure du deuxième plus grand fjord du monde à environ 240 km au sud du cercle arctique polaire, ce qui en fait la capitale la plus septentrionale du monde. Elle serait la ville la plus peuplée du Groenland.
Surprise ! Ici, rien ne ressemble à ce que j’avais l’habitude de voir, pas d’icebergs ni de banquise ici !!

Il faut savoir que le port de Nuuk est à même de pourvoir tous les supermarchés de la ville, puisque la mer ne gèle pas, protégée par un climat « subpolaire océanique ». Toutefois, tous les produits d’importation restent très chers.

Nuuk est un village blotti en bordure d’une monstrueuse immensité glaciaire.
Il y a des bureaux, des magasins, des restos. Les voitures roulent dans la ville, pas en dehors.
Aucune route ne sort, on ne va nulle part en dehors de Nuuk !

Un problème d’horaire a bloqué notre bateau à l’entrée dans le port et nonobstant cette magnifique excursion vers Assaqutag… je n’ai rien vu ou si peu et j’ai manqué tant de merveilles à Nuuk :

  • le Musée national groenlandais,
  • le musée local de Nuuk
  • le musée du tissage
  • le musée d’art de Nuuk.

Que de musées !!!

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Revenons à notre excursion, visiter Assaqutaq, ancien village de pêcheurs au pied du versant sud du mont Quassussuaq.

C’est une colonie abandonnée, le dernier habitant est parti dans les années 1970. Entre les années 1950 et 1970, plusieurs localités groenlandaises ont connu un dépeuplement, les gens étant contraints de s’installer dans les plus grandes villes.

Je suis subjuguée par le paysage, un ensemble de désolation, de solitude et de beauté ! Des carcasses de maison s’emmêlent dans une roche en arabesques de couleurs étonnantes, du gris à l’ocre, de l’orange au noir, je me demande à quoi ressemblait ce village lorsqu’il était habité ? Évidemment je ne peux imaginer. Est-ce que la beauté a un impact sur la rudesse d’une vie ?

Pourquoi sont-ils vraiment partis en laissant tout ? On dit, on peut lire beaucoup de choses, mais ça n’est pas le propos ici.

J’avise un petit cimetière avec de toutes petites tombes ! Il est demandé de ne pas les déranger ! Parce que les habitants de cet endroit sont enterrés assis ! Ils doivent normalement pouvoir se lever plus facilement et retourner dans leur maison ! Un jour ! On dit… je me demande si les Inuits étaient si petits.

Le village prend vie pendant la période estivale, car il est utilisé comme lieu de camps d’été organisés par les écoles primaires locales. Outre les écoliers, la population locale profite également du village en été, car c’est un lieu de pêche à l’ammassat (poisson capelan), qui sert de nourriture aux nombreux chiens de traîneau de Sisimiut.

Je ne peux terminer la journée sans évoquer la visite au cœur de notre bateau.
La cabine de pilotage.
Endroit mythique ! Il y règne un déplacement constant et feutré. Silence, ici on parle norvégien ! J’écoute cette musique, intriguée surtout par notre Commandant.


Ainsi c’est lui ! Souriant un peu, dispo, un peu, sérieux certes mais surtout attentif aux commandes !
Je le trouve beau et élégant, je ne l’imagine même pas téméraire et audacieux quand le bateau slalome au milieu d’icebergs hauts comme des immeubles, parfois même, quand le passage est impossible, je sens une manœuvre et le bateau pousse légèrement à l’arrière le colosse récalcitrant. Je n’ai jamais eu peur au milieu des glaces, même lorsque j’entendais craquer un iceberg parce qu’il vit et risque à tout moment de basculer ou de se couper en deux !!! Pas sur nous surtout !!
Alors, un grand merci à notre Commandant que j’ai un peu assombri pour préserver son identité.

Mathilde

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Nuuk, GL
00:24, 09/06/2026
temperature icon 3°C
couvert
5 mph
Sunrise: 06:05
Sunset: 02:46

Le Grand Nord – Intermède

Rêve pour certains, enfer glacial pour d’autres, le Grand Nord est une étendue mystérieuse qui interroge. La définition de ce lieu est vague. Peut-on le circonscrire ? Le délimiter, le baliser par des frontières solides et définitives ? Peut-on le décrire ou en parler d’une manière objective et mesurée ?

Le Grand Nord, oui, pourquoi cette fascination pour le Grand Nord ? « Mon » Grand Nord ? Parce que c’est ailleurs ? Parce que c’est loin ? Possiblement inhabité ? Parce que c’est hostile ? Blanc, glacé, indescriptible, parce que la brume traîne ses lambeaux en renâclant à la surface des monts, parce que c’est dangereux ? En fait, c’est pour toutes ces raisons et surtout parce que c’est beau. 

Le froid peut-être ? Bien pire, la peur ! Des habitudes pour moi qui se déploient en recherches ? Déjà le froid, du plus loin que je me souvienne, j’ai eu froid, une sensation plus ou moins forte ou désagréable, j’avais froid. Je ne sais pas si j’en souffrais, la notion du ressenti chez l’enfant est difficile à établir. L’enfant ne sait pas, enfin, moi je ne savais pas. Peut-on dire que cette habitude est devenue une passion, un endroit où je ne suis pas et qui me semble injuste ? 

Mais que dire de la peur ? La peur constante d’une terre qui m’attire, qui n’est pas la mienne, et me le rappelle à chaque instant ! Parce que j’avais une curieuse manière d’appréhender l’instant d’agir. L’anticipation était négative et c’était dans cette négation que la joie explosait. Celle de réussir à capter toute l’émotion du monde. 

Je me demande quand même ce que disent de tout cela ceux qui vivent dans ces latitudes. Surtout si l’on revient en arrière dans le temps, ceux morts gelés, ou grignotés par le premier ours venu. Leur dernière pensée était-elle en lien avec ce “nulle part” géographique ? Se doutaient-ils que ce rêve doré n’était en fait qu’une chimère, réservée à une élite de chanceux.

Difficile de savoir où commence notre Nirvana de glace.

Mathilde

Midnight Sun

Qui n’a jamais rêvé du soleil de minuit, lorsque le regard se dirige à l’horizon, confondant coucher et lever, aube et crépuscule dans une lumière qui semble poudrée d’or aussi belle que mythique ?

C’est dans le grand Nord, durant la période du solstice d’été à la fin du mois de juin, que rayonne le soleil de minuit appelé aussi « jour polaire » , c’est un phénomène naturel durant lequel le soleil ne se couche plus.

S’il frôle la ligne d’horizon la nuit, il ne la franchit jamais et laisse place à une lumière dorée qui baigne les paysages de l’Arctique pendant quelques heures avant de remonter plus haut dans le ciel pour continuer d’éclairer la journée. Pas de nuit étoilée mais un coucher de soleil qui dure.

Difficile de distinguer le jour de la nuit. On en perd la notion du temps.

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Le jour polaire nous permet de nous affranchir du rythme habituel de la vie. Les journées peuvent ainsi s’étendre jusqu’à ce que la fatigue nous conduise à quelques repos. Au fur et à mesure des jours, il est possible de se décaler et de commencer des activités à 3h du matin.

D’ailleurs cette période fait partie de la culture des Groenlandais, période idéale pour la pêche et toutes autres activités nécessaires à la vie quotidienne, comme réparer les bateaux et repeindre les maisons. Les enfants se défoulent dans d’interminables matchs de foot et jouent de la musique.

Les groenlandais privés de lumière pendant de longues périodes profitent de ce temps pour vivre dehors le plus longtemps possible.