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Intermède vagabond

C’est un fait, j’aime la lumière, j’aime le soleil s’il n’est pas trop chaud, mais lorsque le matin j’aperçois monter la brume en nuage, je n’ai qu’une hâte, rejoindre ces montagnes invisibles encore.

Je sais que là-haut est un autre spectacle où se démêlent tous les possibles d’une autre vie, quelque chose de cet ailleurs inaccessible et inexplicable.

Je ne suis plus moi, dans un pays qui n’existe pas, loin des habitudes et des contraintes. Je deviens une évadée suspendue dans la stratosphère et littéralement séparée de moi-même.

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Il est impossible de ne pas éprouver nombre d’émotions, de ne pas faire l’expérience de certaines dimensions, j’ai l’impression que mon pas dans sa régularité allonge mon temps, le déforme à son gré, vais-je vivre plus longtemps si je ne rentre pas, avec une respiration plus ample et cette aspiration vers le haut.

Parfois, il fait froid, parfois il y a du vent, les arbres en un orchestre ombrageux se cognent sans vergogne.

La brume se balade et colore l’atmosphère d’un gloss séduisant. J’adore le mauvais temps, j’adore ce chemin sans fin, il faudra bien qu’un jour je sache ce qu’il y a derrière !!

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Mathilde

Nuuk & ses environs

Nuuk, est située sur la côte ouest, à l’embouchure du deuxième plus grand fjord du monde à environ 240 km au sud du cercle arctique polaire, ce qui en fait la capitale la plus septentrionale du monde. Elle serait la ville la plus peuplée du Groenland.
Surprise ! Ici, rien ne ressemble à ce que j’avais l’habitude de voir, pas d’icebergs ni de banquise ici !!

Il faut savoir que le port de Nuuk est à même de pourvoir tous les supermarchés de la ville, puisque la mer ne gèle pas, protégée par un climat « subpolaire océanique ». Toutefois, tous les produits d’importation restent très chers.

Nuuk est un village blotti en bordure d’une monstrueuse immensité glaciaire.
Il y a des bureaux, des magasins, des restos. Les voitures roulent dans la ville, pas en dehors.
Aucune route ne sort, on ne va nulle part en dehors de Nuuk !

Un problème d’horaire a bloqué notre bateau à l’entrée dans le port et nonobstant cette magnifique excursion vers Assaqutag… je n’ai rien vu ou si peu et j’ai manqué tant de merveilles à Nuuk :

  • le Musée national groenlandais,
  • le musée local de Nuuk
  • le musée du tissage
  • le musée d’art de Nuuk.

Que de musées !!!

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Revenons à notre excursion, visiter Assaqutaq, ancien village de pêcheurs au pied du versant sud du mont Quassussuaq.

C’est une colonie abandonnée, le dernier habitant est parti dans les années 1970. Entre les années 1950 et 1970, plusieurs localités groenlandaises ont connu un dépeuplement, les gens étant contraints de s’installer dans les plus grandes villes.

Je suis subjuguée par le paysage, un ensemble de désolation, de solitude et de beauté ! Des carcasses de maison s’emmêlent dans une roche en arabesques de couleurs étonnantes, du gris à l’ocre, de l’orange au noir, je me demande à quoi ressemblait ce village lorsqu’il était habité ? Évidemment je ne peux imaginer. Est-ce que la beauté a un impact sur la rudesse d’une vie ?

Pourquoi sont-ils vraiment partis en laissant tout ? On dit, on peut lire beaucoup de choses, mais ça n’est pas le propos ici.

J’avise un petit cimetière avec de toutes petites tombes ! Il est demandé de ne pas les déranger ! Parce que les habitants de cet endroit sont enterrés assis ! Ils doivent normalement pouvoir se lever plus facilement et retourner dans leur maison ! Un jour ! On dit… je me demande si les Inuits étaient si petits.

Le village prend vie pendant la période estivale, car il est utilisé comme lieu de camps d’été organisés par les écoles primaires locales. Outre les écoliers, la population locale profite également du village en été, car c’est un lieu de pêche à l’ammassat (poisson capelan), qui sert de nourriture aux nombreux chiens de traîneau de Sisimiut.

Je ne peux terminer la journée sans évoquer la visite au cœur de notre bateau.
La cabine de pilotage.
Endroit mythique ! Il y règne un déplacement constant et feutré. Silence, ici on parle norvégien ! J’écoute cette musique, intriguée surtout par notre Commandant.


Ainsi c’est lui ! Souriant un peu, dispo, un peu, sérieux certes mais surtout attentif aux commandes !
Je le trouve beau et élégant, je ne l’imagine même pas téméraire et audacieux quand le bateau slalome au milieu d’icebergs hauts comme des immeubles, parfois même, quand le passage est impossible, je sens une manœuvre et le bateau pousse légèrement à l’arrière le colosse récalcitrant. Je n’ai jamais eu peur au milieu des glaces, même lorsque j’entendais craquer un iceberg parce qu’il vit et risque à tout moment de basculer ou de se couper en deux !!! Pas sur nous surtout !!
Alors, un grand merci à notre Commandant que j’ai un peu assombri pour préserver son identité.

Mathilde

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Nuuk, GL
00:17, 09/06/2026
temperature icon 3°C
couvert
5 mph
Sunrise: 06:05
Sunset: 02:46

Le Grand Nord – Intermède

Rêve pour certains, enfer glacial pour d’autres, le Grand Nord est une étendue mystérieuse qui interroge. La définition de ce lieu est vague. Peut-on le circonscrire ? Le délimiter, le baliser par des frontières solides et définitives ? Peut-on le décrire ou en parler d’une manière objective et mesurée ?

Le Grand Nord, oui, pourquoi cette fascination pour le Grand Nord ? « Mon » Grand Nord ? Parce que c’est ailleurs ? Parce que c’est loin ? Possiblement inhabité ? Parce que c’est hostile ? Blanc, glacé, indescriptible, parce que la brume traîne ses lambeaux en renâclant à la surface des monts, parce que c’est dangereux ? En fait, c’est pour toutes ces raisons et surtout parce que c’est beau. 

Le froid peut-être ? Bien pire, la peur ! Des habitudes pour moi qui se déploient en recherches ? Déjà le froid, du plus loin que je me souvienne, j’ai eu froid, une sensation plus ou moins forte ou désagréable, j’avais froid. Je ne sais pas si j’en souffrais, la notion du ressenti chez l’enfant est difficile à établir. L’enfant ne sait pas, enfin, moi je ne savais pas. Peut-on dire que cette habitude est devenue une passion, un endroit où je ne suis pas et qui me semble injuste ? 

Mais que dire de la peur ? La peur constante d’une terre qui m’attire, qui n’est pas la mienne, et me le rappelle à chaque instant ! Parce que j’avais une curieuse manière d’appréhender l’instant d’agir. L’anticipation était négative et c’était dans cette négation que la joie explosait. Celle de réussir à capter toute l’émotion du monde. 

Je me demande quand même ce que disent de tout cela ceux qui vivent dans ces latitudes. Surtout si l’on revient en arrière dans le temps, ceux morts gelés, ou grignotés par le premier ours venu. Leur dernière pensée était-elle en lien avec ce “nulle part” géographique ? Se doutaient-ils que ce rêve doré n’était en fait qu’une chimère, réservée à une élite de chanceux.

Difficile de savoir où commence notre Nirvana de glace.

Mathilde

Midnight Sun

Qui n’a jamais rêvé du soleil de minuit, lorsque le regard se dirige à l’horizon, confondant coucher et lever, aube et crépuscule dans une lumière qui semble poudrée d’or aussi belle que mythique ?

C’est dans le grand Nord, durant la période du solstice d’été à la fin du mois de juin, que rayonne le soleil de minuit appelé aussi « jour polaire » , c’est un phénomène naturel durant lequel le soleil ne se couche plus.

S’il frôle la ligne d’horizon la nuit, il ne la franchit jamais et laisse place à une lumière dorée qui baigne les paysages de l’Arctique pendant quelques heures avant de remonter plus haut dans le ciel pour continuer d’éclairer la journée. Pas de nuit étoilée mais un coucher de soleil qui dure.

Difficile de distinguer le jour de la nuit. On en perd la notion du temps.

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Le jour polaire nous permet de nous affranchir du rythme habituel de la vie. Les journées peuvent ainsi s’étendre jusqu’à ce que la fatigue nous conduise à quelques repos. Au fur et à mesure des jours, il est possible de se décaler et de commencer des activités à 3h du matin.

D’ailleurs cette période fait partie de la culture des Groenlandais, période idéale pour la pêche et toutes autres activités nécessaires à la vie quotidienne, comme réparer les bateaux et repeindre les maisons. Les enfants se défoulent dans d’interminables matchs de foot et jouent de la musique.

Les groenlandais privés de lumière pendant de longues périodes profitent de ce temps pour vivre dehors le plus longtemps possible.

L’arrivée à Uummannaq

Cette montagne en forme de cœur s’élève à 1175 mètres d’altitude et domine le village d’Uummannaq.

Les Inuits prétendent que cet étrange piton en forme de myocarde bat véritablement.  Il n’est pas celui d’un humain mais plutôt celui d’un phoque. Une ancienne croyance affirme que ses pulsations sont à l’origine de chaque soubresaut de la nature : une tempête de neige, un iceberg qui se délite ou encore un brutal coup de froid emprisonnant tout le paysage dans une gangue de givre…
Tout arrive ou presque, le meilleur comme le pire dans la respiration de cette montagne magique.

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Moi j’aurais aimé m’approcher d’elle et entendre sa respiration.
J’aurais aimé accrocher la mienne à la sienne pour toucher du doigt une magie inaccessible aux humains, un phoque peut-être me laisserait faire, puisque je ne mangerais ni son foie ni son cœur.
C’est une question de survie pour les habitants de cette petite ville cernée par les glaces, qui se figent parfois en cinq minutes.

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Le phoque est chassé pour sa viande, on se chauffe avec sa graisse, on s’habille avec sa peau et puis les valeureux chasseurs mangent encore tout chauds le foie et le cœur de ses animaux qui les sauvent de la famine et les rendent plus fort. On dit que chaque animal est remercié chaleureusement pour ces présents.

Il arrive que certaines habitantes nous invitent à regarder leur fabrication de bijoux ou de vêtements brodés de perles.
L’habit traditionnel est tout simplement magnifique.

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On nous offre du café et des pâtisseries, je prie en mon âme de n’être pas obligée de refuser la gourmandise de chaque inuit ! De la peau de phoque grillée… ça n’est pas du tout par végétarisme ou autre, juste une histoire d’estomac…

J’ai toujours le petit collier rose et blanc acheté surtout pour remercier l’inébranlable gentillesse des inuits.


Mathilde

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Uummannaq, GL
00:17, 09/06/2026
temperature icon 2°C
légère pluie
10 Km/h
Sunrise: 01:00
Sunset: 01:00

La terre verte

On l’appelle la terre verte !
Il n’y a pas d’arbre mais plutôt une forêt d’icebergs.

Le Groenland est comme un jour sans nuit, je croyais ne jamais pouvoir m’habituer, en fait c’est une initiation, ça n’est même pas vivre au gré de sa fantaisie, c’est une nécessité de vie, celle qui délie nos liens avec l’habitude.

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Voyageur intemporel incarnant la lenteur de l’éternité, l’iceberg dérive millimètre par millimètre dans le cours d’une mer de glace, à partir du cœur des glaciers du Groenland, dont il se détache pour entreprendre une très longue errance en mer vers le nord, puis le sud, touchant la côte du Labrador en fin d’existence.

Il pénètre parfois dans les baies avant de s’échouer ou de se désintégrer. Ces immenses blocs de glace d’eau douce peuvent mesurer plus de trois fois la hauteur des chutes du Niagara. Pour porter le nom d’iceberg, le bloc de glace doit mesurer au moins cinq mètres de hauteur.

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Cette façon de vivre et de penser n’est certainement pas le Graal de ces populations isolées qui s’accommodent sans aucune aide extérieure du climat le plus rigoureux du globe, des hivers sans jour, entre novembre et février, quand les flots ne sont plus qu’une épaisse banquise sur laquelle on part chasser engoncé dans son traîneau tiré par les chiens, et des étés sans nuit, où l’on se consacre à la pêche pendant que les glaciers délivrent des icebergs beaux comme des Églises.

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On dit que l’iceberg responsable du naufrage du Titanic provenait de la côte sud-ouest du Groenland, la baie de Disko et ses glaciers qui vêlent la plus grande quantité d’icebergs de l’hémisphère nord (et les plus gros !). 

L’iceberg se serait détaché vers la fin de l’été 1911. Avant de croiser la route du navire, l’énorme bloc de glace aurait dérivé pendant six mois.

Mathilde