Rêve pour certains, enfer glacial pour d’autres, le Grand Nord est une étendue mystérieuse qui interroge. La définition de ce lieu est vague. Peut-on le circonscrire ? Le délimiter, le baliser par des frontières solides et définitives ? Peut-on le décrire ou en parler d’une manière objective et mesurée ?
Le Grand Nord, oui, pourquoi cette fascination pour le Grand Nord ? « Mon » Grand Nord ? Parce que c’est ailleurs ? Parce que c’est loin ? Possiblement inhabité ? Parce que c’est hostile ? Blanc, glacé, indescriptible, parce que la brume traîne ses lambeaux en renâclant à la surface des monts, parce que c’est dangereux ? En fait, c’est pour toutes ces raisons et surtout parce que c’est beau.
Le froid peut-être ? Bien pire, la peur ! Des habitudes pour moi qui se déploient en recherches ? Déjà le froid, du plus loin que je me souvienne, j’ai eu froid, une sensation plus ou moins forte ou désagréable, j’avais froid. Je ne sais pas si j’en souffrais, la notion du ressenti chez l’enfant est difficile à établir. L’enfant ne sait pas, enfin, moi je ne savais pas. Peut-on dire que cette habitude est devenue une passion, un endroit où je ne suis pas et qui me semble injuste ?
Mais que dire de la peur ? La peur constante d’une terre qui m’attire, qui n’est pas la mienne, et me le rappelle à chaque instant ! Parce que j’avais une curieuse manière d’appréhender l’instant d’agir. L’anticipation était négative et c’était dans cette négation que la joie explosait. Celle de réussir à capter toute l’émotion du monde.
Je me demande quand même ce que disent de tout cela ceux qui vivent dans ces latitudes. Surtout si l’on revient en arrière dans le temps, ceux morts gelés, ou grignotés par le premier ours venu. Leur dernière pensée était-elle en lien avec ce “nulle part” géographique ? Se doutaient-ils que ce rêve doré n’était en fait qu’une chimère, réservée à une élite de chanceux.
Difficile de savoir où commence notre Nirvana de glace.
Mathilde
